Un phoque pas si commun

On peut parfois apercevoir des phoques communs nager dans les eaux froides du Saint-Laurent ou se prélasser sur les rochers. Mis à part le béluga, ces phoques sont les seuls mammifères marins à vivre à longueur d’année dans le fleuve. Curieusement, même si leur nom peut laisser croire le contraire, ils comptent parmi les phocidés les moins répandus du golfe et de l’estuaire. Découvrons ensemble cet animal beaucoup plus exceptionnel que commun!

On compte six espèces de phoques au Canada. Dans le golfe et l’estuaire du Saint-Laurent, les plus abondantes sont le phoque du Groenland (7,4 millions) et le phoque gris (500 000). La population de phoques communs est beaucoup moins importante, soit environ 4 à 5 000 individus.

Jadis, ce mammifère était très répandu dans le fleuve. Mais, comme on estimait que ce « mangeur de poissons » faisait une concurrence trop importante aux pêcheurs commerciaux, une chasse à primes fut organisée par le gouvernement entre les années 1926 et 1976. Sans surprise, le cheptel a alors considérablement diminué de taille durant cette période ; à certains endroits, les populations locales furent même éliminées. Ce ne fut heureusement pas le cas pour les phoques de la région de Kamouraska.

On trouve quelques échoueries dans le Bas-Saint-Laurent (les échoueries sont des lieux où les phoques sortent de l’eau et viennent « s’échouer », souvent en grand nombre, pour se reposer et se chauffer au soleil). Parmi celles à proximité de Kamouraska, on compte celle des îles en face du village, celle des îles Pèlerins à Saint-André et celle de l’Île Blanche au large de Rivière-du-Loup.

 

Échouerie de phoques communs à Kamouraska

Échouerie de phoques communs à Kamouraska

Le plus petit de nos phoques

Le phoque commun est le plus petit des phocidés qui fréquentent le Saint-Laurent. Il mesure jusqu’à 1,5 m et peut peser 100 kg.

Il a un pelage qui diffère beaucoup d’un individu à l’autre, allant de brun ou noir à blanc jaunâtre presque uni. On peut également observer de nombreuses variations de taches sur le dos, ainsi que des rayures blanches ou gris pâle sur le ventre. Peu avant la mue annuelle en été, le pelage commence à se dégrader et devient gris jaunâtre.

 

Trois phoques communs à la marée montante

Trois phoques communs à la marée montante

Des petits qui grossissent à vue d’œil

La maturité sexuelle est atteinte, chez les femelles, vers 3 ou 4 ans. On doit compter environ deux années de plus pour les mâles. Dans l’estuaire du Saint-Laurent, la période d’accouplement s’étend du début juin au début août.

Curieusement, après la fécondation, l’embryon ne s’implante pas immédiatement dans l’utérus, mais tombe plutôt en dormance pendant deux à trois mois. Par la suite, commence la croissance du fœtus qui dure de 8 à 9 mois. Ainsi, la période totale de gestation, de la fécondation jusqu’à la naissance, s’étend sur une période d’environ 11 mois.

La période de mise bas débute vers la mi-mai et se termine à la mi-juin. Habituellement, la femelle n’a qu’un seul petit, qu’on appelle chiot. À la naissance, celui-ci a les yeux ouverts et fait en moyenne 11 kg et 75 cm.

Le lait des femelles est très gras, ce qui permet aux chiots d’avoir les taux de croissance parmi les plus élevés, et les périodes d’allaitement les plus courtes, de tous les mammifères. La femelle allaite entre 24 et 33 jours seulement et, durant cette brève période, le bébé peut tripler de poids.

Phoques communs au soleil

Phoques communs au soleil

Bien qu’un fort pourcentage de jeunes meurent durant leur première année d’existence, les phoques communs peuvent vivre assez vieux, soit jusqu’à environ 30 ans.

Au menu… beaucoup de poissons

Sans surprise, les phoques communs mangent surtout des poissons et un peu de crustacés ou d’autres invertébrés.

Trois phoques communs plutôt dodus!

Trois phoques communs plutôt dodus!

 

Lorsqu’on regarde des phoques communs étendus nonchalamment dans une échouerie, on constate rapidement que ces animaux sont bien en chair. En fait, s’ils étaient humains, on les classerait sans hésiter parmi les obèses. Bien sûr, cette observation n’a rien de scientifique et le fait d’être bien enveloppé constitue sans aucun doute un signe de santé pour un phoque commun. Tout de même, leur apparence laisse à penser qu’ils n’ont pas beaucoup de difficulté à trouver de quoi se mettre sous la dent.

Un privilège exceptionnel

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) estime que le phoque commun n’est pas en danger et qu’« aucune menace imminente sérieuse n’a été relevée dans aucune portion importante de son aire de répartition. » Toutefois, diverses études indiquent que les embarcations motorisées, les kayaks, les chiens qui aboient et les randonneurs sur les plages peuvent perturber les échoueries.

 

Phoques communs et canards sur les rochers au large de Kamouraska

Phoques communs et canards sur les rochers au large de Kamouraska

Bien qu’on les qualifie de communs, observer un de ces phoques restera toujours un privilège exceptionnel. Leur relative rareté dans le Saint-Laurent, leur capacité à retarder le processus de gestation, la croissance phénoménale des petits, le fait qu’ils aient survécu à cinquante années de chasse à primes : tout cela mérite le respect. Gardez donc vos distances des échoueries, ce remarquable animal ne vise qu’à être tranquille. Un souhait bien commun !

Pierre Giard, 2016

Pour en savoir plus

COSEPAC. 2007. Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le phoque commun de la sous-espèce de l’Atlantique et de l’est de l’Arctique (Phoca vitulina concolor) et de la sous-espèce des Lacs des Loups Marins (Phoca vitulina mellona) au Canada — Mise à jour. Comité sur la situation des espèces en péril au Canada. Ottawa. vii + 44 p.

Réseau d’observation de mammifères marins (ROMM). 2004. Plan d’action sur le phoque commun (Phoca vitulina concolor) de l’estuaire du Saint-Laurent. Rapport produit pour le ministère des Pêches et des Océans du Canada et le parc marin du Saguenay — Saint-Laurent en collaboration avec les partenaires de la table de concertation sur le phoque commun de l’estuaire du Saint-Laurent. Pagination multiple. Mars 2004.

2 réflexions au sujet de « Un phoque pas si commun »

    1. Pierre Giard Auteur de l’article

      Bonjour Lise! Les phoques communs mettent bas après la fonte des glaces (de la fin-mai au début de juillet) à proximité des échoueries.

      Répondre

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