Des îles pas si désertes

Si on fait abstraction des phoques qui viennent s’y échouer à marée basse, les îles de Kamouraska semblent réservées aux oiseaux. Tant la variété des espèces que le nombre d’individus font qu’ils en sont les principaux et les plus intéressants occupants. Toutefois, ils ne sont pas seuls sur les îles. Des petits mammifères leur tiennent compagnie, tout comme certains visiteurs beaucoup plus gros !

C’est bien sûr pour la richesse de leur faune aviaire que trois îles de l’archipel de Kamouraska font partie du refuge faunique des îles de l’estuaire. Plusieurs oiseaux marins y nichent : l’eider à duvet, le goéland argenté, le goéland marin, le grand héron, le cormoran, la mouette tridactyle, le guillemot à miroir et le petit pingouin. On y retrouve aussi plusieurs oiseaux terrestres et de rivages.

Mouettes tridactyles sur Grande Île à Kamouraska

Mais, de façon plus discrète, quelques mammifères y sont des visiteurs occasionnels ou des résidents permanents.

Parmi ceux qui ont fixé leurs pénates dans l’archipel, on trouve surtout de petits animaux, tandis que ceux qui y font de courtes visites sont parfois de taille plus imposante.

Les petites bêtes habituelles…

Dans le projet de Plan de gestion de la réserve nationale de faune des Îles-de-l’Estuaire, établi par Environnement Canada, on peut y lire que quelques petits mammifères habitent en permanence sur les îles.

Ceux-ci sont difficiles à repérer, mais sont bien présents. Par exemple, des biologistes auraient capturé dans l’archipel, lors d’un inventaire de micromammifères mené en 2007 par le Service canadien de la Faune, des campagnols des champs (mulots ou Microtus pennsylvanicus).

Un campagnol des champs (source : Wikipedia)

Les lièvres sont aussi présents. Ils ne sont pas toutefois devenus aussi envahissants que sur l’île qui porte leur nom (l’Île aux Lièvres), où leur broutage incessant a modifié de façon importante le couvert végétal.

Il est probable que la population de lièvres et de campagnols soit contrôlée par la présence de renards roux. En effet, l’hiver, on distingue des traces de ces prédateurs sur les glaces qui entourent l’archipel. On ne sait pas, toutefois, si ces derniers y sont des résidents permanents ou de simples visiteurs.

Renard roux sur les rives de Kamouraska

Certains oiseaux de proie se chargent également de maintenir la population de petits mammifères dans des limites raisonnables. On peut trouver les ossements de leurs victimes au pied de certains arbres. Dans un inventaire effectué en 2011, seule la Buse pattue (Buteo lagopus) a été observée, mais il est certain que d’autres oiseaux de proie visitent les îles.

… et la grosse visite !

La présence de gros mammifères surprend davantage que celle des lièvres ou des mulots. En effet, chaque année, bien des kayakistes sont étonnés en apercevant des cerfs de Virginie (chevreuils) ou même des originaux sur le pourtour des îles.

Ceux-ci ne sont probablement pas des résidents permanents des lieux, mais s’y réfugient pour une période plus ou moins longue. À l’été 2015, on a pu observer deux chevreuils femelles, accompagnés d’un petit, se rendre à marée basse à l’île aux Corneilles. Ce même été, sur les côtes de l’île Brûlée, on pouvait remarquer des cerfs sauter d’un rocher à l’autre. En juin 2016, on pouvait suivre une femelle qui quittait les îles à la nage.

Chevreuil sur Grande Île

En ce qui concerne les orignaux, on en aurait aperçu sur la Grande Île en 2012, selon les informations contenues dans le plan de gestion du refuge faunique des îles de l’estuaire. À l’été 2015, on pouvait encore y repérer des traces fraîches de ce ruminant, le plus gros cervidé du Québec.

Chevreuils et originaux recherchent probablement un refuge sans prédateurs lorsqu’ils se dirigent vers les îles. Or, ces dernières ne sont pas toujours des abris sûrs ; en 2015, on a vu un coyote sur la batture, en train de quitter l’île aux Corneilles. Les chevreuils, et même les orignaux jeunes ou affaiblis, peuvent faire partie du menu de ce carnassier opportuniste.

Orignal échoué sur les rives de Kamouraska

Le fait que la marée basse permette d’atteindre à gué toutes les îles de Kamouraska facilite évidemment les échanges entre celles-ci et la terre ferme. Toutefois, cette traversée n’est pas sans danger. Certains individus tentent de faire le trajet à marée haute sans y parvenir, car on retrouve régulièrement des cadavres d’animaux sur les rives de Kamouraska. Est-ce que ces derniers venaient des îles ? Arrivaient-ils de plus loin encore ?

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Lors de votre prochaine navigation autour de l’archipel de Kamouraska, soyez à l’affut ! Il n’y a pas que des oiseaux ici ; des bêtes à poil, menues ou grosses, peuvent vous réserver une agréable surprise ! Ouvrez l’œil et bonne excursion !

Texte et photos (sauf celle du campagnol): Pierre Giard, 2016

Pour en savoir plus :

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