Des pingouins à Kamouraska ?

Des pingouins à Kamouraska ? C’est toujours avec un air étonné — et souvent une forte dose d’incrédulité — que les visiteurs de Kamouraska apprennent qu’il y a bel et bien des pingouins dans la région. C’est vrai qu’il fait parfois froid dans le Bas-Saint-Laurent, se disent-ils, mais de là à y croiser des pingouins…

Ce qui sème le doute, c’est que, lorsqu’on dit « pingouin », on pense habituellement «manchot». Pourtant, ces deux groupes d’espèces sont bien distincts. Les pingouins vivent dans le nord de l’Atlantique et peuvent voler, tandis que les manchots n’évoluent que dans l’hémisphère Sud et ne peuvent le faire. Même s’ils se ressemblent, ces oiseaux sont plutôt éloignés quant à leur histoire évolutive : les pingouins font partie de la famille des alcidés ; les manchots, de celle des sphéniscidés.

Toute cette confusion vient du fait que, dans un grand nombre de langues, on désigne les manchots par le mot « pingouin », soit penguin en anglais, pingüino en espagnol, pinguin en allemand, pinguino en italien, pinguïn en néerlandais ou pinguim en portugais.

Ainsi, si vous affirmez à un ami anglophone que vous avez vu des Little Penguins à Kamouraska, il vous regardera probablement avec un air bizarre. En effet, les Little Penguins (Eudyptula minor) se nomment manchots pygmées en français, et vivent le long des côtes de la Nouvelle-Zélande et de l’Australie. Notre petit pingouin local (Alca torda) est désigné, pour sa part, par le mot Razorbill en anglais et n’est pas considéré comme un penguin par les locuteurs de cette langue.

Petit Pingouin sur les rochers de Grande Île

Petit Pingouin sur les rochers de Grande Île

Sans être identiques, pingouins et manchots se ressemblent.

On connaît bien l’apparence du manchot, du moins celle de l’espèce la plus emblématique : le manchot empereur qui vit en Antarctique. Il s’agit du plus grand oiseau de sa famille (jusqu’à 120 cm et 40 kg). Sa façon de se tenir debout (avec le corps bien dressé), sa démarche maladroite, son « smoking » à dos noir et sa chemise blanche : toutes ces caractéristiques sont également présentes chez les pingouins.

Le petit pingouin est, comme son nom l’indique, de taille plus modeste. De plus, contrairement aux manchots, il peut voler. Malgré ces différences, il possède bien cet air de famille qui lie faussement les pingouins et les manchots.

Bref, le représentant de la famille des alcidés que nous retrouvons dans le Bas-Saint-Laurent s’appelle bien « pingouin » et, depuis l’extinction du grand pingouin en 1844, il est le seul détenteur vivant de ce nom pour les francophones !

Facile à identifier

De la grosseur d’une corneille, le petit pingouin pèse environ 700 grammes et a une envergure de 65 cm, d’une extrémité d’aile à l’autre. Le dessous de l’oiseau est blanc et le dessus noir, tout comme les pattes. Le bec est imposant pour un volatile de cette taille et l’intérieur de la bouche est jaune vif.

Comme signes distinctifs, les deux lignes blanches qui marquent sa tête noire sont immanquables et rendent cet oiseau facile à identifier. Un trait horizontal s’étend de la base du bec jusqu’à l’œil. Un autre, vertical cette fois, traverse le bec de haut en bas.

Petits Pingouins

Rassemblement de petits pingouins sur l’île Brûlée

Des habitués du Bas-Saint-Laurent

Les petits pingouins vivent surtout dans les eaux boréales de l’Atlantique, tant en Europe qu’en Amérique du Nord. Environ 65 % de la population mondiale, estimée à quelque cinq cents à sept cent mille couples, nidifie en Islande.

Dans le Bas-Saint-Laurent, on trouve plus de 2000 petits pingouins aux îles Pèlerins, en face du village de Saint-André. Plus à l’ouest, on peut aussi voir ces oiseaux dans l’archipel de L’Isle-aux-Grues. À Kamouraska, lors du dernier relevé, en 2011, on en a dénombré environ 240 sur l’Île Brûlée et la Grande Île.

Petit pingouin prenant son envol

Petit pingouin prenant son envol

Les petits pingouins séjournent dans le Bas-Saint-Laurent durant leur période de reproduction, soit du printemps jusqu’à la fin de juillet. La période de ponte s’étend du début de mai au début de juin. Le mâle et la femelle couvent l’œuf chacun leur tour et, lorsque ce dernier éclot, l’oisillon qui en émerge pèse quelque 60 grammes. Après 16 à 22 jours, le jeune oiseau est prêt à quitter le nid, et ce, même s’il ne sait pas encore voler !

À son départ, le jeune pingouin a déjà la plupart de ses plumes, mais il lui manque encore les plus grandes de ses ailes et de sa queue. Il ne peut donc pas encore prendre d’assaut les cieux. Lorsqu’il saute de la falaise où se trouve son nid, il peut à peine planer.

Jeune avec un adulte Petit Pingouin

Jeune avec un adulte

Une fois sur le fleuve, le petit suit son père qui l’y attendait et ils nagent ensemble vers le large. Pendant toute la période d’environ deux mois où le jeune pingouin ne pourra pas voler, il sera accompagné de son père qui lui montrera à pêcher.

Garder ses distances

Il y a quelques dizaines d’années, on s’inquiétait pour l’avenir du petit pingouin en Amérique du Nord. Aujourd’hui, la situation semble plus favorable. Des mesures de protection ont été mises en place par le gouvernement fédéral, notamment par la création de réserves pour les oiseaux migrateurs.

Petits Pingouins sur le fleuve

Petits Pingouins sur le fleuve

Le principal geste pour contribuer à la bonne santé de la population de petits pingouins consiste à ne pas les déranger pendant la période de nidification. En effet, lorsque les parents s’éloignent, les œufs et les petits deviennent très vulnérables aux attaques des prédateurs, tels que les goélands marins et argentés.

Gardons donc nos distances avec ce superbe oiseau, si nous voulons qu’il continue à séjourner dans l’estuaire du Saint-Laurent. Ainsi, nous pourrons encore étonner nos visiteurs avec nos histoires de pingouins !

Pierre Giard (texte et photos), 2016

Pour en savoir plus :

Les Alcidés, drôles de pingouins, Québec Oiseaux, Vol. 25, no 4. Été 2014

bna.birds.cornell.edu

ebird.org

www.birdlife.org

Environnement Canada

KamouraskaNature.com

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2 réflexions au sujet de « Des pingouins à Kamouraska ? »

  1. Hervé Voyer

    Me revoilà !
    Merci beaucoup pour toutes ces informations des plus instructives et très intéressantes.

    Répondre

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