Le botaniste de Kamouraska

Flâner le long du fleuve, observer les oiseaux, pagayer entre les îles : toutes ces promenades et rêveries ambulantes nous permettent de communier avec la nature. Inutile d’être un savant pour goûter la beauté du Bas-Saint-Laurent. Être un simple amateur, guidé par le seul plaisir de la découverte, suffit amplement.

Toutefois, les connaissances d’un expert peuvent parfois nous ouvrir les yeux et nous révéler toute la richesse de notre environnement. C’est ce qui m’arrive lorsque je discute avec Robert Gauthier, un botaniste émérite qui habite à Kamouraska.

Est-ce un lichen, Robert?

Est-ce un lichen, Robert?

Il y a quelques mois, je lui ai transmis une photo que j’avais prise lors d’une promenade dans un sentier de la région. Je voulais m’assurer que ce que j’avais photographié était bien un lichen. Je m’attendais à une simple confirmation. Voici ce que j’ai plutôt reçu par courriel :

Je t’informe avec plaisir que non seulement l’organisme en couches concentriques est effectivement un lichen, mais que pratiquement tout sur cette photo est un lichen. De fait, j’ai pu compter 6 espèces de lichens.

Par ailleurs, c’est une magnifique photo avec ces courants de débris rougeâtres qui sont des feuilles du grand gaylussaquier (Gaylussacia baccata) auxquelles s’ajoutent les paires d’aiguilles de pin gris.

Je prends le risque d’imaginer que cette photo a été prise au printemps ou à l’automne sur une colline de quartzite occupée par une pinède de pin gris assez ouverte, un type de végétation propre à ces collines.

Marie-Victorin y consacrait un paragraphe en 1945 dans la Flore laurentienne (page 38).

Il ne fait toutefois pas mention de la présence du Gaylussacia baccata, car il considère que cette plante (page 438) n’est présente que dans l’ouest du Québec où il précise qu’elle est plutôt rare. La connaissance a évolué depuis 1945 heureusement !

Là où je n’avais vu qu’une belle composition végétale, il a lu toute une histoire.

Cette érudition n’est pas le fruit du hasard. En plus d’avoir fait carrière comme professeur de botanique au département de Phytologie de l’université Laval, Robert Gauthier a occupé, de 1973 à 2003, le poste de conservateur de l’Herbier Louis-Marie. Sous sa gouverne, la taille de cette importante collection de végétaux est passée de 150 000 à plus de 467 000 spécimens.

Aujourd’hui à la retraite, Robert continue de s’intéresser à l’environnement qui l’entoure. Que ce soit en découvrant de minuscules fougères sur sa propriété à Kamouraska, ou en faisant l’inventaire des plantes de l’îlot Dumais situé en face du village de Saint-Germain.

Il avertit les gens qui se promènent avec lui qu’ils doivent être patients, car il a tendance à s’arrêter à chaque pas pour observer un arbre, une fleur ou une mousse. Il se reconnaîtrait aisément dans cette phrase de l’écrivain américain Henry Miller (1953) :

« Le moment où quelqu’un accorde une attention véritable à quelque chose, ne serait-ce qu’une brindille d’herbe, celle-ci devient alors un monde en soi ; mystérieux, merveilleux et d’une beauté indescriptible. »

 

Texte et photos, Pierre Giard, 2016

5 réflexions au sujet de « Le botaniste de Kamouraska »

  1. Denis Turgeon

    Photo superbe et impressionnante
    Lors de ma prochaine promenade sur les caburons, j’espère trouver un grand guaylussaquier

    Répondre

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