Les cabourons : les îles qui ont quitté le fleuve

Au Bas-Saint-Laurent, on peut voir un chapelet de petites montagnes essaimées tout le long du fleuve. À leur pied, on trouve aujourd’hui des villages, des fermes et des forêts. Mais, il y a quelques milliers d’années, c’étaient plutôt des poissons et des fonds marins qui entouraient ces collines. Car, autrefois, ces dernières étaient des îles.

Ces collines sont un des éléments distinctifs du paysage de la région et empruntent l’appellation locale de « cabourons ». Ce québécisme provient de l’ancien français « cab » qui veut dire « tête » (que l’on retrouve également dans « caboche »), ainsi que de « bourra », dont l’origine remonte au bas latin et qui signifie « gonflement ». Autour de Kamouraska, les cabourons se nomment : la montagne à Coton, le Pain de Sucre, la montagne à Plourde, etc.

 

Cabouron derrière le village de Kamouraska

Cabouron derrière le village de Kamouraska

En Amérique du Nord, on regroupe les formations rocheuses de ce type sous le terme de « monadnock ». Ce terme renvoie au mont Monadnock, situé dans le sud-ouest du New Hampshire, et tire son origine de l’abénaquis, soit de « menonadenak » (« montagne lisse ») ou de « menadena » (« montagne isolée »). Les monadnocks ont la particularité d’être des collines ou de petits massifs qui émergent de terrains relativement plats.

Ailleurs dans le monde, les montagnes du type « monadnock » sont plutôt désignées sous le terme de « inselberg ». Ce vocable vient de l’allemand et combine deux mots, soit « insel » (« île ») et « berg » (« montagne »). L’image de l’île-montagne fait référence au caractère isolé de ces formations rocheuses, disséminées sur la « mer » calme d’une plaine étale.

La longue marche des cabourons

Comme bien des phénomènes géologiques, l’histoire des cabourons s’étend sur des millions d’années. Mais c’est un évènement relativement récent qui nous intéresse ici : la dernière glaciation. Celle-ci a commencé voilà environ 70 000 ans pour se terminer il y a quelque 12 000 années.

À l’apogée de cet épisode glaciaire, une grande partie de l’Amérique du Nord était recouverte par 3000 mètres de glace. Les formations rocheuses qui composent les collines actuelles du Kamouraska étaient toutes enfouies sous ce manteau gelé.

Puis, il y a environ 12 000 ans, lors de la déglaciation, un bras de mer a envahi les basses terres actuelles du Saint-Laurent. Cette avancée marine fut nommée « mer de Goldthwait ».

Le niveau du sol ayant été fortement comprimé par les glaciers, les eaux de la mer de Goldthwait ont pu pénétrer dans les terres beaucoup plus loin que la rive actuelle du Saint-Laurent. Cette invasion marine n’était pas due au niveau élevé des océans, mais au fait que la croûte terrestre de la région s’était fortement enfoncée sous le poids de la calotte glaciaire. L’eau pouvait donc facilement s’y engouffrer.

On retrouve aujourd’hui des traces de la mer de Goldthwait dans des secteurs beaucoup plus élevés que le niveau actuel du Saint-Laurent, notamment au sud du village de Mont-Carmel. Il est clair que la plupart des collines actuelles de la plaine kamouraskoise, sauf les plus hautes comme la montagne à Plourde et la montagne à Cotton, étaient alors submergées.

Après la déglaciation, l’écorce terrestre, qui avait été écrasée par le poids des glaciers, commença à reprendre sa forme. Ce rehaussement du sol fit en sorte que la mer de Goldthwait fut chassée progressivement des hauteurs. Petit à petit, le littoral maritime s’est lentement replié pour atteindre, il y a environ huit mille ans, le niveau fluvial actuel.

C’est donc durant cette période de quatre mille ans, soit de douze mille à huit mille années avant aujourd’hui, que la plupart des cabourons sont sortis de la mer. Profitant du rehaussement de la croûte terrestre, ils ont d’abord cessé d’être des formations rocheuses sous-marines pour devenir des îles et, ensuite, prendre la forme des collines que nous connaissons.

 

îles et cabourons: une histoire commune

îles et cabourons: une histoire commune

Explorez les cabourons de la région

Même si les cabourons ont quitté le fleuve Saint-Laurent il y a quelques milliers d’années, ils n’en sont jamais bien loin. En plus d’agrémenter le paysage, ils offrent des points de vue exceptionnels sur ce grandiose cours d’eau.

Près de Kamouraska, plusieurs cabourons sont sillonnés de sentiers. Chaussez vos bottes de marche et arpentez ces petites montagnes. Vous aurez le fleuve et tout le Kamouraska à vos pieds !

À Saint-Germain, un magnifique sentier, le circuit du Cabouron, traverse la colline derrière le village. Au sommet, vous pourrez reprendre votre souffle dans un belvédère en forme de faucon ! Une première entrée se trouve juste au sud du village et une deuxième le long du rang Mississippi. (Cliquez ici pour voir la carte du circuit du Cabouron)

 

Au belvédère du cabouron de Saint-Germain

Au belvédère du cabouron de Saint-Germain

À Saint-André, la SEBKA offre plusieurs parcours sur un cabouron nommés l’Amphithéâtre, qui se trouve le long de la route 132. Il faut d’abord acheter un laissez-passer au bureau du camping de la SEBKA, situé à environ un kilomètre à l’ouest du stationnement du sentier. En plus du panorama, vous pourrez admirer les grimpeurs qui défient les parois escarpées de cette montagne. (Cliquez ici pour voir la carte des sentiers de l’Amphithéâtre)

Panorama au sommet de l'Amphithéâtre de Saint-André

Panorama au sommet de l’Amphithéâtre de Saint-André

Finalement, une ascension plus courte vous mènera au sommet de la montagne à Coton, juste au nord de Saint-Pascal. Un grand belvédère vous offre une vue imprenable sur toute la région. (Cliquez ici pour voir la carte du sentier de la montagne à Coton)

Plusieurs autres cabourons de la région offrent de splendides perspectives sur le Bas-Saint-Laurent. Partez à la découverte de ces petites îles asséchées !

 

Texte et photos : Pierre Giard, 2016

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