Le retour des “joies blanches”

Après un trop long hiver, rien ne réchauffe autant le cœur que la vue d’un voilier de Grandes Oies des neiges. Ce signe avant-coureur du printemps est infaillible. Quand des milliers d’oies décident que la saison froide est terminée, qui oserait les contredire ? Certainement pas moi.

Le vol des Grandes Oies des neiges compte parmi les spectacles naturels les plus impressionnants d’Amérique du Nord. Cette procession ailée séduit autant l’ouïe que la vue. En effet, l’arrivée de ces longues files indiennes d’oiseaux blancs s’annonce souvent par un joyeux brouhaha.

Oies devant l’île aux Corneilles et les montagnes de Charlevoix

Ce caquètement incessant semble correspondre à une multitude de cris d’encouragement : « Plus haut ! Plus vite ! Suivez la file à l’arrière ! Courage : on arrive bientôt ! » Mais la psychologie des oies est impénétrable et il est bien difficile d’interpréter leur chahut. Elles s’égosillent peut-être pour leur propre plaisir ou encore pour le nôtre. Chose certaine, elles ont largement mérité leur réputation de sauvagine la plus bruyante à visiter le Saint-Laurent.

La région de Kamouraska n’est pas une étape aussi fréquentée par la Grande Oie des neiges que Cap-Tourmente, Montmagny ou Baie-du-Febvre au lac Saint-Pierre. Ces escales traditionnelles accueillent souvent des centaines de milliers de volatiles. Au Kamouraska ces migrantes se comptent plutôt par centaines, parfois quelques milliers. Comme partout sur leur trajet, leur nombre est cependant en croissance. Il y a cent ans, on ne comptait que 3000 Grandes Oies des neiges ; aujourd’hui, elles sont environ un million.

Retour au fleuve, après une journée passée dans les champs

Chaque printemps, elles font un trajet d’environ 4000 kilomètres, depuis leur zone d’hivernage située entre le New Jersey et la Caroline du Sud, jusqu’à leur aire de nidification arctique au nord de l’île d’Ellesmere. Elles parcourent le chemin inverse à l’automne. Curieusement, les oies voyagent par groupes de 40 et 400 oiseaux au printemps, tandis qu’au retour les voiliers peuvent compter plus d’un millier d’individus.

L’étape du Saint-Laurent permet aux oies de faire le plein d’énergie avant de terminer leur longue migration. Près du fleuve, elles s’alimentent surtout de racines de scirpe, une plante herbacée des marais côtiers. Elles becquètent également dans les champs agricoles, où elles consomment des déchets d’avoine et de maïs ou broutent les mauvaises herbes et les trèfles.

Oies qui quittent les battures du Cap Taché à Kamouraska

Lorsqu’elles quittent leurs aires d’alimentation, c’est un véritable nuage de plumes et de cris qui s’élève du sol. Cette cohue magnifique, où chaque oie réussit par miracle à éviter ses voisines, éblouit même les plus blasés d’entre nous. Chaque fois, la magie des « joies blanches » nous fascine et nous émerveille.

Texte et photos : Pierre Giard, 2017

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