Kamouraska se mobilise contre le roseau commun

On le voit dans les fossés ou sur les berges du fleuve. Immobile, il se répand pourtant sur tout le territoire québécois. Il s’agit du roseau commun (Phragmites australis). Cette plante exotique envahissante est malheureusement bien implantée dans la région du Kamouraska, mais certains citoyens ont décidé de contre-attaquer.

En effet, le mercredi 14 juin prochain la municipalité de Kamouraska et un groupe de bénévoles tenteront de contrôler la colonie de phragmites du petit marais. Rejoignez-les à 10 h avec vos gants de jardinage et petits sécateurs (ou même les mains vides) à l’aboiteau au bout de la rue Saint-Louis (la rue de l’école). Prévoyez consacrer un peu plus d’une heure à cette activité. Si vous avez des questions, vous pouvez rejoindre les organisateurs à denis.turgeon@gmail.com .

En progression depuis plus de cent ans

Au Québec, le roseau commun (aussi appelé le phragmite) peut prendre la forme d’une plante indigène, mais c’est une variété exotique, d’origine eurasienne, qui envahit notre territoire. On a recensé celle-ci pour la première fois en 1916, dans la région de L’Islet. Longtemps confinée à certains secteurs du littoral du Saint-Laurent, cette plante a profité de la construction du réseau autoroutier, et de ses fossés attenants, pour pénétrer à l’intérieur des terres et se répandre sur le Québec.

Lorsqu’elles s’installent dans un marais, les colonies de roseaux communs en évincent progressivement les autres plantes

Le phragmite apprécie particulièrement les milieux humides et non boisés. Il se reproduit par ses rhizomes, ses stolons et ses graines. Une fois installée, une colonie prend rapidement de l’expansion et peut devenir très dense. On a dénombré jusqu’à 325 tiges par mètre carré.

Les peuplements bien établis peuvent constituer de véritables murs et faire écran au paysage. En effet, les roseaux mesurent habituellement deux ou trois mètres de haut. Dans leur rapport sur les plantes exotiques envahissantes (PEE), la municipalité de Kamouraska et l’organisme de bassins versants de Kamouraska, L’Islet et Rivière-du-Loup (OBAKIR) estiment que « la vue sur le fleuve peut en être affectée à tel point que les valeurs foncières pourraient s’en trouver diminuées. »

Lorsqu’elles s’installent dans un marais, les colonies de roseaux communs en évincent progressivement les autres plantes. La diversité de la flore s’appauvrit et le milieu devient peu propice à la nidification de plusieurs oiseaux aquatiques.

Cette plante n’est pas inesthétique ou toxique. Certains pourraient même la trouver assez jolie. Mais, elle constitue pourtant un réel danger. D’après l’Union mondiale pour la nature, les espèces exotiques envahissantes (végétales et animales) se situent au deuxième rang parmi les menaces graves pour la biodiversité, juste après la disparition des habitats. De plus, selon Environnement Canada, les coûts économiques annuels de cette invasion représentent des milliards de dollars au Canada.

Une priorité : s’informer

 Comme citoyens, le premier geste à poser, avant de s’attaquer au roseau commun ou à toute autre plante exotique envahissante (PEE), consiste à s’informer.

Il faut pouvoir dépister les milieux où sont susceptibles de s’implanter les PEE et savoir reconnaître celles-ci. Il existe plusieurs types de ces plantes néfastes et certaines ressemblent à des espèces indigènes.

De plus, par méconnaissance, bien des gens tentent de se débarrasser du roseau commun ou d’une autre PEE par des techniques inefficaces ou, pire, qui accélèrent leur progression sur le territoire. Il arrive aussi qu’on utilise des méthodes qui donnent des résultats immédiats, mais qui causent des effets secondaires indésirables. Par exemple, certains agriculteurs répandent des herbicides pour se débarrasser des roseaux qui envahissent leurs fossés de drainage ou leurs champs. Même s’ils sont efficaces, ces produits chimiques ont malheureusement des impacts significatifs sur l’environnement.

Le roseau commun peut former un véritable écran devant le paysage

Avant d’agir, il est important de se renseigner sur la stratégie à suivre. N’hésitez donc pas à consulter votre municipalité. Mieux : joignez un groupe de bénévoles bien informés.

***

Les plantes exotiques envahissantes constituent une menace pour notre environnement. Il est vrai que le portrait, à l’échelle de notre continent ou de la planète, est peu réjouissant. On peut toutefois endiguer localement l’invasion du roseau commun et des autres PEE… si nous sommes suffisamment déterminés et que nous passons à l’action.

Ce qui, heureusement, est le cas dans la région du Kamouraska !

Texte : Pierre Giard, 2017

Photos : Creative Commons License

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *