Archives de catégorie : Faune

L’esturgeon noir : le poisson venu de la nuit des temps

L’esturgeon noir est intimement associé à la gastronomie locale et à l’histoire de la pêche au Bas-Saint-Laurent. Ce remarquable poisson — le plus grand à fréquenter les eaux douces du Québec — fait l’objet d’un débat : est-il menacé ou au contraire en bonne santé ?

Le sort de l’esturgeon noir inquiète certains biologistes depuis longtemps. En effet, ce poisson a complètement disparu des filets des pêcheurs pendant une décennie à partir de 1967. Les captures ont heureusement repris par la suite, mais sa pêche est depuis très limitée et fortement réglementée.

Encore récemment, en 2011, un groupe d’experts recommandait au gouvernement fédéral de désigner la population d’esturgeons noirs du Saint-Laurent (Acipenser oxyrinchus) comme étant menacée et d’en interdire la pêche. Toutefois, malgré la requête de ce comité, le gouvernement fédéral n’a toujours pas décidé de protéger davantage ce poisson.

Pour sa part, le gouvernement québécois reconnaît que le sort de l’esturgeon fut longtemps incertain. Il estime cependant que l’avenir de ce poisson est maintenant mieux assuré, et ce, grâce à la réduction des quotas de prises et à la protection de son habitat.

Bruno Ouellet, pêcheur à Kamouraska

 

Environ une trentaine de pêcheurs commerciaux capturent encore l’esturgeon entre Québec et Rivière-du-Loup. Parmi ceux-ci, on compte Bruno et Bernard Ouellet, propriétaires des pêcheries Ouellet à Kamouraska. Ces derniers estiment que loin d’être en voie de disparition, les esturgeons sont de plus en plus abondants dans nos eaux.

Le plus grand poisson d’eau douce du Québec

L’esturgeon noir se reproduit en eau douce, mais passe la majeure partie de sa vie en eau salée. On le retrouve sur la côte Atlantique, depuis la Floride jusqu’au Labrador. La population qui vient se reproduire dans le fleuve est la plus nordique et la plus abondante de l’espèce.

La longueur maximale de la femelle est de 2 à 3 m et son poids varie entre 100 à 200 kg. Le mâle est plus petit : il mesure entre 1,4 et 2,1 m et pèse entre 50 et 100 kg.

Un esturgeon de 140 cm

 

Les esturgeons comptent parmi les animaux qui vivent le plus longtemps, soit une soixantaine d’années. C’est aussi l’une des plus anciennes familles de poissons osseux encore vivantes. Les esturgeons sont apparus au début du Jurassique, il y a environ 200 millions d’années.

Une pêche associée à l’histoire et la culture de Kamouraska

Il y eut une époque où la pêche à l’esturgeon se faisait à l’aide de grandes « barricades » fabriquées avec des branchages. C’était notamment le cas à Kamouraska, où on construisait d’imposantes pêches à fascines greffées aux îles. Dans ce village, la pêche de l’Île aux Patins fut la dernière de ces installations. Elle fut exploitée jusqu’en 1967.

Cette pêche était composée d’une longue enceinte en forme de crochet d’environ un kilomètre et demi. Elle était formée de quelque 2 000 pieux entre lesquels étaient entrelacées des branches de résineux et d’aulnes. Aujourd’hui, les installations sont beaucoup plus simples : de longs filets maillants, dont un côté est fixé à la batture et l’autre se soulève avec la marée grâce à un chapelet de petites bouées.

En 1951, un pêcheur kamouraskois, Flavius Ouellet, affirmait que les fascines permettaient de capturer des quantités considérables d’esturgeons noirs :

« J’en ai pris qui ont pesé 400 livres, et 200, 250. Les plus gros, cette année, ont pesé jusqu’à 90 livres. Les plus petits ont à peu près quatre pouces de long. Ce sont des œufs frayés du printemps, trois ou quatre pouces. La moyenne, qu’on en prend le plus, c’est de cinq à vingt livres. Pendant une saison, on en prend des mille et des mille. Il y a des marées on en a compté au-dessus de quatre cents qu’on a relâchés parce qu’on en avait trop. » Flavius Ouellet (1951)

En 1954, le fils de Flavius, Maurice Ouellet, a capturé dans la fascine de l’Île aux Patins un esturgeon de 269 cm et de 160 kg. Il s’agit encore du plus gros esturgeon pêché dans le Saint-Laurent.

Les filets ont remplacé les fascines

 

Aujourd’hui, les pêcheurs ne peuvent plus attraper des esturgeons aussi imposants. La réglementation exige qu’ils remettent à l’eau les poissons de plus de 1,5 m, afin de protéger les individus en âge de se reproduire. De plus, chaque pêcheur se voit attribuer un quota d’esturgeons qu’il peut capturer. Bernard et Bruno Ouellet ne peuvent donc plus en prendre « des mille et des mille » comme le faisait leur grand-père Flavius. L’ensemble des pêcheurs commerciaux du Saint-Laurent se partagent chaque année un quota global d’environ 4000 esturgeons noirs.

Un privilège avec chaque bouchée

Avec aussi peu de captures annuelles, il faut considérer chaque bouchée d’esturgeon fumé comme un authentique privilège. Ce poisson venu de la nuit des temps, dont les ancêtres furent les contemporains des dinosaures, mérite tout le respect dû à une espèce qui existe depuis beaucoup plus longtemps que la nôtre.

Texte et photos : Pierre Giard (2018)

Retour au fleuve

Retour des oies blanches vers le fleuve en fin de journée. Un rituel quotidien, jusqu’au moment où elles se décideront à reprendre leur trajet vers leur aire de nidification arctique au nord de l’île d’Ellesmere

Texte et photo : Pierre Giard, 2017

Des nouvelles des petits …

Il y a quelques semaines, j’ai affiché une photo de trois œufs de goélands argentés (Dur, dur d’être le troisième œuf).

Je mentionnais que l’oisillon qui sort du troisième œuf a généralement la vie plus dure que celle de ses frères ou sœurs. En effet, les deux premiers petits émergent souvent de leur coquille le même jour, tandis que le troisième œuf n’éclot qu’une ou deux journées plus tard. Cet oisillon est moins lourd, reçoit moins de nourriture, et grandit plus lentement que ses aînés.

Trois jeunes goélands argentés

Trois jeunes goélands argentés

Je suis retourné sur le terrain pour voir comment se débrouillaient les petits de cette couvée. Les trois semblent en pleine forme, mais un d’entre eux paraît nettement plus gros que les deux autres. Une variante sur le thème de l’inégalité grandissante des chances.
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Survivront-ils jusqu’à l’âge adulte ? Bien des défis les attendent d’ici la fin de la saison estivale.

Pierre Giard (texte et photo), 2016

Des îles pas si désertes

Si on fait abstraction des phoques qui viennent s’y échouer à marée basse, les îles de Kamouraska semblent réservées aux oiseaux. Tant la variété des espèces que le nombre d’individus font qu’ils en sont les principaux et les plus intéressants occupants. Toutefois, ils ne sont pas seuls sur les îles. Des petits mammifères leur tiennent compagnie, tout comme certains visiteurs beaucoup plus gros ! Continuer la lecture

Dur, dur d’être le 3e œuf!

Ces œufs de couleur chamois ou olive sont parsemés de petites taches foncées. Ils sont plus gros que ceux d’une poule et mesurent environ 7 cm de long et 5 cm de large. On en trouve un à trois par nid. Ce dernier repose sur le sol et est formé d’herbes et de divers débris végétaux. Les œufs sont couvés 31 ou 32 jours avant d’éclore.

L’oisillon qui sortira du troisième œuf aura la vie plus dure que celle de ses frères ou sœurs. En effet, les deux premiers petits émergent généralement de leur coquille le même jour, tandis que le troisième œuf n’éclot qu’une ou deux journées plus tard. Cet oisillon est moins lourd, reçoit moins de nourriture, et grandit plus lentement que ses aînés. Continuer la lecture

Des pingouins à Kamouraska ?

Des pingouins à Kamouraska ? C’est toujours avec un air étonné — et souvent une forte dose d’incrédulité — que les visiteurs de Kamouraska apprennent qu’il y a bel et bien des pingouins dans la région. C’est vrai qu’il fait parfois froid dans le Bas-Saint-Laurent, se disent-ils, mais de là à y croiser des pingouins…

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Le minuscule œuf de M. Boutin

Au printemps 2009, Patrick Boutin se promène avec son chien le long de la rivière Kamouraska. Il chasse. Ce jour-là, sa plus belle prise ne sera pas une oie, mais un minuscule œuf d’éperlan arc-en-ciel, pas plus gros que le point à la fin de cette phrase. Cet homme aux yeux de faucon venait de trouver une frayère de ce petit poisson. On n’en avait pas vu dans cette rivière depuis plus de 40 ans. Continuer la lecture

Un phoque pas si commun

On peut parfois apercevoir des phoques communs nager dans les eaux froides du Saint-Laurent ou se prélasser sur les rochers. Mis à part le béluga, ces phoques sont les seuls mammifères marins à vivre à longueur d’année dans le fleuve. Curieusement, même si leur nom peut laisser croire le contraire, ils comptent parmi les phocidés les moins répandus du golfe et de l’estuaire. Découvrons ensemble cet animal beaucoup plus exceptionnel que commun! Continuer la lecture